Léo André (1824-1900)

Figure injustement oubliée aujourd’hui, André Léo est à la fin du dix-neuvième siècle une militante féministe, proche des anarchistes, et une romancière étonnamment prolixe.

 

Léodile Béra prend, en 1862, un pseudonyme composé des prénoms de ses deux fils et commence à écrire. Après la mort de son premier mari, Grégoire de Champceix (qui était un disciple de Pierre Leroux), elle réussit à vivre de ses romans et de ses articles. Son premier roman, Un mariage scandaleux, paraît en 1863 à compte d’auteur. Elle écrit ensuite plusieurs romans consacrés à la situation de la femme et à l’éducation : Une vieille fille (1863), Un divorce (1866). La critique de son temps la compare à George Sand.

Pour répondre aux thèses misogynes de Proudhon, elle écrit en 1869 La Femme et les mœurs. Monarchie ou liberté et développe parallèlement ces idées dans un roman féministe, Aline-Ali (1869), qui paraît la même année. Elle dénonce les soi-disant partisans de la liberté qui deviennent despotes en rentrant chez eux, et clame qu’un État où la femme est opprimée ne peut être qu’autoritaire.

C’est chez elle qu’est élaboré, en 1868, le programme de la « Société de revendication des droits de la femme » qui réunit Louise Michel, Maria Deraisme, Mme Jules Simon, Élisée et Noémie Reclus. Elle fonde en février 1871 La République des travailleurs, journal de propagande socialiste, avec Benoît Malon, Élie et Élisée Reclus. Pendant la Commune, elle milite en faveur d’une démocratie anti-autoritaire. Elle blâme la suppression des journaux réactionnaires et se bat pour la liberté d’expression : « si nous agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre eux et nous ? » (La Sociale, 22 avril 1871). Elle écrit chaque jour dans La Sociale et collabore à La Commune et au Cri du peuple*.

Réfugiée en Suisse en 1871, avec Benoît Malon, qu’elle épouse, elle continue un temps d’écrire dans les journaux, Le Réveil intérieur (de Jules Guesde) et La Révolution sociale, où elle réussi à défendre le principe d’autonomie et de liberté contre la ligne politique de Marx, qu’elle traite de Bismarck. Elle fonde le Socialisme progressif en 1877.

En septembre 1871, elle fait un discours, invitée par la Ligue de la Paix et de la Liberté, à Lausanne (discours recueilli sous le titre de La Guerre sociale) où elle prend la défense de la Commune, dénonçant les mensonges répandus par les vainqueurs (on ne lui permet pas de terminer). Elle milite à la Fédération jurassienne en 1872.

 

De retour à Paris en 1880, elle publie encore de nombreux romans : Le Petit Moi (1892), La Justice des choses (1893), La Famille Audroit et l’éducation nouvelle (1899).

Sur André Léo, on a très peu écrit. L’association André Léo (13 rue de la Chaîne, 86 000 Poitiers) se charge de mieux faire connaître cette auteure.

 

Bibliographie

Double histoire ; Histoire d’un fait divers, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1868

La Guerre sociale : discours prononcé au Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté, tenu à Lausanne le 27 septembre 1871, Neuchâtel, Imprimerie Guillaume fils, 1871

Aline-Ali, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1869

La Femme et les mœurs : monarchie ou liberté [à compte d’auteur], 1869 [rééd : avec une préface de Monique Biarnais, Tusson (Charente), Du Lérot, 1990]

La Commune de Malenpis, conte, préface de Victor Poupin, Paris, Librairie de la bibliothèque démocratique, 1874

 

Sur André Léo

Collectif :

André Léo (1824-1900) : Une journaliste de la Commune, Le Lérot rêveur, n° 44, mars 1987, Tusson (Charente), Du Lérot, 1987

Articles :

Dalotel Alain, « Benoît Malon, troisième fils d’André Léo (Léodile Champseix) ? », dans Colloque Benoît Malon : Du Forez à la Revue socialiste : Benoît Malon (1841-1893). Réévaluation d’un itinéraire militant et d’une œuvre fondatrice, sous la direction de Claude Latta, Marc Vuillemier et Gérard Gâcon, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 2000 (pp. 71-91)

Segouin Bernadette, « Deux romancières d’exception au XIXe siècle : George Sand, André Léo », dans Colloque Benoît Malon…, ouv. cit. (pp. 317-334)

Tryml Inge, « Une grande figure méconnue. André Léo (1824-1900) sous l’Empire et la Commune », dans La Commune, revue d’histoire de l’association des Amis de la Commune de Paris 1871, n° 16, janvier 1982 (pp. 17-34)