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  L’inauguration du chemin « SUR LES PAS DE ANDRE LEO » à Champagné Saint Hilaire ( 86 )

Discours de Louis Vibrac et Pierre Rossignol

dimanche 22 octobre 2006, par Louis Vibrac, Pierre Rossignol

Discours de Louis Vibrac

Aux archives Départementales de Poitiers, on peut consulter l’état nominatif des habitants de la commune de Champagné Saint-Hilaire résultant du dénombrement de la population en 1851 (il y a 154 ans).
On lit notamment :

- BÉRA Louis Zéphirin Père et Juge de paix 66 ans,
- BELLOTEAU Talie Sa femme vivant du revenu de son mari 57 ans,
- BÉRA Léodile Leur fille, vivant du revenu de ses parents 27 ans,
- BÉRA Théonie (idem) 20 ans,
- BÉRA Théophile Leur fils (idem) 16 ans,
- PÉTOT Jean Leur domestique 19 ans,
- BOSSEBOEUF Marie Leur autre domestique 22 ans.

La commune compte alors 1645 habitants, environ 390 ménages. Parmi eux, il y a la famille Béra qui vit au Vieux Logis, une belle et vieille demeure que le père avait achetée lors de la vente des biens des Dexmier de la Carlière. A côté, vit Jean Compagnon, instituteur âgé de 33 ans et sa femme Madeleine Berland âgée de 27 ans, institutrice aussi.

L’aînée du couple Béra est donc Léodile, notre héroïne, la seule majeure et déjà vieille fille puisque sa voisine du même âge est mariée avec deux enfants.

Mais au recensement suivant, en 1856, cinq ans après, les deux filles ne figurent plus et Louis Zéphirin a rajeuni sa domesticité qui comprend cependant toujours le garçon et la fille : Pierre Sandillon 16 ans et Louise Beau, 17 ans.

Théonie a épousé un Boucheron de Champagné.
Quant à notre Léodile, elle a convolé en justes noces avec un homme né à Treignac en Corrèze, et devenu journaliste : Grégoire CHAMPSEIX. C’est un républicain et sans doute un franc-maçon et cela lui vaut d’être poursuivi par la police de celui qu’on surnommera Badinguet mais qui est empereur des Français sous le titre de Napoléon III.
Le couple doit s’installer en Suisse, et avant d’avoir 30 ans, voilà notre Léodile, champagnoise durant un quart de siècle, lancée dans le monde, dans la lutte, dans la notoriété, près d’égaler les dames célèbres de son temps : George Sand par la qualité de sa plume, Louise Michel par l’ardeur de son engagement à faire triompher les idées d’égalité et de justice sociale.

Ce qui la fait connaître du public des lecteurs qui disposent déjà à cette époque de ce qu’on appelait des cabinets de lecture, c’est justement Champagné ! Certes, sous le nom déguisé de Chavagny. Mais grâce à son talent d’écrivaine, à son sens de l’observation de la nature, au regard critique qu’elle a posé sur la société de sa commune, voilà Champagné Saint-Hilaire projeté sur l’écran public de la littérature. Certes, c’est un écran moins populaire que celui de la télé aujourd’hui, mais il consacre déjà la gloire des personnages et des lieux ...
Lucie et Michel, les héros de "Un mariage scandaleux" pourraient devenir les nouveaux Tristan et Iseult, les sites bucoliques du terroir pourraient devenir aussi familiers que les rues dangereuses de Paris dans les Mystères d’Eugène Sue.

Ce ne le sera pas parce que Léodile Béra est une femme : elle doit faire publier son roman à compte d’auteur, sous un pseudonyme masculin habilement trouvé puisque composé des prénoms réversibles de ses deux jumeaux André et Léo. Et c’est une femme de tête, peu faite donc pour être populaire : elle ne fume pas la pipe comme George Sand, elle ne présentera pas de spectacles dénudés comme Colette, elle n’aura pas d’innombrables amants comme Edith Piaf ! Elle tient tête à des géants de la philosophie comme Proudhon, elle commet des essais qui défendent des thèses contre les idées répandues, et elle est - comme son grand père Joseph-Charles un peu "nat" . Elle n’a donc pas les faiblesses qui rendent les gens populaires parce que sympathiques et humains.

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Mais si elle n’a pu atteindre les sphères de la renommée indiscutable, elle a eu les qualités, le tempérament, le courage, le destin des grands personnages. Et ce n’est que justice si, cinq ans après l’avoir honorée ici, où elle a vécu la plus longue et la plus enrichissante période de sa vie, à l’occasion du centième anniversaire de sa mort, on veut l’honorer indéfiniment aujourd’hui et demain, par l’installation de ce chemin, rythmé par sa belle prose. On peut ne pas suivre "les pas d’André Léo" après 1870, mais chacun peut, sans exception, sans réserve, mettre ses chaussures là où elle a mis les siennes à Chavagny ou plutôt à Champagné, car il s’enrichira de sa passion et de sa grande connaissance des fleurs et des arbres, des coutumes et des traditions, des bons sentiments comme des préjugés des hommes et des femmes.

Brux célèbre un général d’empire, je crois,
Domrémy honore toujours Jeanne d’Arc,
Vraincourt dans la Haute Marne a un musée et un chemin Louise Michel ....
A Champagné, ne rougissons pas d’honorer celle qui y a puisé ses forces, son intelligence, ses connaissances, pour exprimer et faire triompher les idées de générosité.

Merci


Discours de Pierre Rossignol

Je vais essayer de faire court, car le discours de Denise explique bien le plaisir que nous avons d’être ensemble pour cette inauguration.
Je ne recommencerai pas non plus les remerciements, car tous ceux qui ont contribué à ce projet, l’ont fait avec dévouement et en y portant un intérêt particulier.
Je voudrais seulement, après l’inauguration Jeudi dernier du groupe scolaire de Lusignan, qui va porter maintenant le nom de LEODILE BERA dite André Léo, vous faire prendre conscience du côté universel de l’œuvre de notre écrivaine locale. En effet nous pouvons découvrir, actuellement, de nombreuses publications internationales par exemple sur Internet, de l’œuvre de André Léo, mais aussi la thèse de Fernanda Gastaldello qui n’a pu se joindre à nous et la biographie de André Léo par Alain Dalotel qui lui aussi n’a pu se libérer.
Chacun a été impressionné par la vision contemporaine qu’avait notre Léodile, particulièrement, pour tout ce qui touche l’éducation des enfants ; sûrement, à toutes les époques, l’objectif le plus difficile pour une famille.
C’est pourquoi, nous avons grand plaisir à inaugurer le point de départ de ce chemin sur le lieu même où, il y a encore 50 ans se tenait une des premières écoles de Champagné, comme on le voit sur la photo, et où je suis d’ailleurs moi-même allé avec certains d’entre vous. Nous pouvons donc penser que, pour Léodile, durant ses plus de vingt ans de jeunesse à Champagné, sur ce chemin elle y a développé, sa conscience, son inspiration, sa créativité, sa relation aux autres. Nous sommes réellement « sur les pas de André Léo ».

C’est pourquoi nous voulons dédier ce chemin aux enfants, aux adolescents, aux jeunes de Champagné, et bien sûr, d’ailleurs. Ils sont notre avenir, et ils portent la mémoire de notre histoire. En effet, peu de communes peuvent s’enorgueillir d’avoir dans leur patrimoine un romancière de renom. Que chacun valorise ce chemin, en en parlant, en l’utilisant, en y découvrant sa faune et sa flore si riche et en le maintenant en l’état. Louis et moi avons choisi ce tracé et ces textes du livre « Un mariage scandaleux » pour que vos randonnées soient moins solitaires, et que, comme aujourd’hui nous puissions y faire des rencontres....

Merci à tous

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Le chemin passant par L’Epinoux, Lussabeau, la Rouère, Fougeré, Bois Vert, La Combaudière, Percejaud, Maunis, Grand Champ, est le circuit thématique incluant les 12 stations avec lutrin dédié à des extraits de "Un Mariage Scandaleux" ( il fait environ 12 Kms )