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  Quand l’avocat Emile Boulard fréquentait le salons de Joseph-Charles Béra (grand père de André Léo)

Dans les "Annales de la Société d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-lettres", en 1860, un article est consacré à EMILE BOULARD, avocat ayant fréquenté le salon de JOSEPH-CHARLES BERA à Poitiers, et nous indiquant l’orientation littéraire de cette famille

jeudi 8 janvier 2009, par Pierre Rossignol

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EMILE BOULARD

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M. Boulard, dont la Société regrette la perte récente, fut l’un de nos confrères les plus actifs et les plus distingués ; en lui se réunissaient d’éminentes qualités, souvent difficiles à rassembler. Ainsi, il vécut au milieu des champs, s’occupa de leur culture, de leur amélioration, de leur produits, et en même temps les muses le délassèrent de ses travaux. La part qu’il leur donna ne se trouva affaiblie en rien par ses préoccupations agrestes. Il fut un poète véritable et un agriculteur attentif en même temps. Il a été l’homme des champs rêvé par Virgile, Horace et Delille ; type aimable, rare à toutes les époques, et que le XIXème siècle ne prodigue pas.

Emile Boulard naquit le 8 janvier 1800 ; son père, soldat de Jemmapes et de Fleurus, devint officier au bataillon de la Sarthe, dans l’armée de Sambre et Meuse. Mais bientôt, retiré du service, il vient se fixer, comme notaire, dans le canton de Richelieu. Emile n’avait que sept ans lorsqu’il eut le malheur de perdre sa mère ; mais la mère de celle-ci, Mme Bernier, femme d’un grand cœur, retrouva toutes ses forces et toute sa tendresse pour combler le vide laissé entre elle et ses trois petits-fils. Ceux-ci retrouvèrent près de leur aïeule toutes les douceurs du sein maternel, et ils y puisèrent cette sympathie de la famille, cet attachement au foyer domestique qui ne les a jamais quittés.

Le jeune Emile fit ses humanités au Lycée de Poitiers. Il étudia le droit dans la même ville, et eut la chance d’être admis chez M.Béra, avocat distingué, sous la direction duquel il pris ses degrés et forma son esprit, tant aux secrets de la jurisprudence qu’à ceux, non moins difficiles à saisir, de l’homme du monde et du littérateur. Le salon de M.Béra, où se réunissaient, le soir, des professeurs et des hommes à l’esprit vrai, offrait, en même temps que le délassement, un digne couronnement aux travaux de la journée. Cette société, spirituelle et laborieuse à la fois, détermina sa première vocation pour la littérature il traduisait quelques odes d’Horace, composa des fables, des stances, des épitres à ses amis ; et il plaça au chevet de son lit une inscription qui a formé le programme de toute sa vie.

Homme, réveille-toi ! fuis ce lieu de repos,

Fuis les poisons de la mollesse ;

De l’ignorant crains d’éprouver les vœux ;

Réveille-toi ! sache que la jeunesse

N’est que la saison des travaux